Du 6 au 11 septembre 2010 : Ascension du Mont Blanc

La piste la plus belle pour atteindre le Mont-Blanc : celle de la solidarité 

renemouttemontblanc09.2010

Notre parrain, René Moutté est l'initiateur de ce formidable projet qui, une fois de plus, a associé l'effort du sport avec la lutte contre la maladie et l'accompagnement de nos malades. Quoi de plus plus symbolique que l'ascension du Mont-Blanc pour porter haut les couleurs de Naevus 2000 France Europe. Les mordus de courses en haute-montagne trouveront en bas de cette page le programme de cette course qui fut un vrai succès.

 

Durant l'ascension, notre parrain ne pouvait pas communiquer et donc pas donner de nouvelles. Une fois arrivé au sommet, voilà la photo de lui qu'Andréa, son guide, a réussi à faire. Les conditions de la prise de vue furent difficiles à cause des bourrasques de vent qui soufflaient autour d'eux. Mais le temps de la photo, le logo jaune de Naevus apparaît très nettement sur le tee-shirt de notre ami.

Pour légender cette mémorable photo, nous lui laissons la parole : "voilà c'est fait, j'ai posé le pied sur le toit de l'Europe avec le tee-shirt de Naevus, j'ai beaucoup pensé à tous les gens que j'aime, aux enfants de Naevus. J'ai un très grand merci à dire à nos guides qui sont des êtres exceptionnels et sans eux rien ne serait possible. "

montblancphotoaerienne

Témoignage de René, une ascension au jour le jour, téméraire et solidaire

Départ le lundi 6 septembre vers 7 h du matin pour rejoindre la gare de Montroc près de Chamonix. Sur place je retrouve mes compagnons de voyage et Eric notre guide. Après la distribution du matériel adéquate, piolet, baudrier, chaussures et casque nous partons vers la télécabine qui doit nous déposer au pied de notre première destination. En effet durant deux jours nous allons nous familiariser avec les pratiques de montagne et nous acclimater à l’altitude. Après une montée très raide, arrivée au premier refuge, Albert 1er.  Nuit moyenne et temps passable.

 Le lendemain, mardi, sous un ciel gris et neigeux, nous faisons nos premières armes sur le glacier avec cramponnage, puis nous gravissons un premier col (Le Trient). Nous ne poursuivrons pas jusqu’au refuge suivant à cause du temps incertain. Retour à Albert 1er  donc et petite nuit dans le dortoir comme souvent.

 Au matin du mercredi, le temps est très maussade. Puisqu’il neige, nous nous équipons en conséquence et partons faire de l’initiation à l’escalade avec crampons aux pieds. Ce seront mes premières frayeurs car l’âge aidant les appuis sont moins sûrs et l’appréhension du vide se fait ressentir. De plus à la descente dans le brouillard, Eric, notre guide, se retrouve face à une pente impressionnante qu’il décide de franchir en descendant face au glacier. A mi chemin, notre camarade de cordée (nous sommes cinq par cordée) situé au-dessus de nos têtes dévisse (glisse) et dévale la pente entraînant Mick, moi-même et Régine. Heureusement, le guide stoppe notre chute. Résultat des courses : un coup de piolet ou de crampon dans la cuisse qui a troué mon pantalon et d’où s’échappe un peu de sang mais rien de grave. La douleur persistera trois jours. Retour au refuge pour une nuit, le lendemain nous descendons dans la vallée pour nous reposer, nous laver et dîner au restaurant.

Jeudi 9, ce sont les grands préparatifs, Eric fait le tour des sacs pour que nous puissions emmener le minimum de vêtements puis c’est le grand départ. Télécabine puis train jusqu’au refuge du Nid d’Aigle puis montée à pied jusqu’au refuge de Tête Rousse à 3267m d’altitude. C’est de là que notre guide nous montre notre prochaine destination, Le refuge du Goûter, planté en haut d’un pic rocheux. Ma première impression est terrible, la pente est tellement raide vue d’ici que je me demande comment je vais y arriver, d’ailleurs je ne suis pas le seul. Eric nous rassure mais bon heureusement que je sais pour qui et pour quoi je monte au sommet et rien de m’arrêtera. C’est dans une ambiance bruyante comme tous les refuges que nous prenons un bon repas copieux et que nous faisons une bonne belote pour nous détendre avant le coucher, Eric fait la répartition des cordées (les ascensions ne peuvent se faire à plus de trois par cordée).

Vendredi 10, nous attendons les guides de renforts, ils arrivent vers 11 heures nous laissant tous dans un stress perceptible. Pour Mick, 63 ans, et moi, c’est Andréa un Italien qui nous prend en charge.

 Equipement, conseils et nous voilà en route. Passage dangereux sur une petite partie de la montée au début pour cause de chutes de pierres occasionnées par les cordées situées au-dessus de nous, puis c’est la montée dans les rochers. Heureusement le mur n’est pas si raide que cela mais bon, la montée est très, très difficile, moitié escalade, moitié marche aérienne. J’essaie de vaincre du mieux possible ma petite appréhension du vide et j’évite surtout de penser au retour face à la pente et avec une certaine fatigue.

Après deux heures et demie d’efforts, nous arrivons soulagés sur le piton rocheux du refuge du Goûter à 3800m. Pour moi et mon compagnon de cordée c’est déjà une première victoire. Ce qui nous rassure c’est notre forme physique, pas de soucis d’altitude ni d’essoufflement : c’est déjà cela. Soirée repas très bruyante et stressante avec notamment la préparation des vêtements et du sac à dos. Eh oui il ne faut rien oublier, sinon… Dans le stress, je ne retrouve ni mes petits gants ni mon bonnet. Heureusement je m’en fais prêter.

Avant d’aller dormir nous apprécions un magnifique coucher de soleil comme seule la montagne peut nous proposer. La nuit sera courte en sommeil et longue en attente.

3 heures du matin, la nuit est belle à ravir, le ciel est paré d’étoiles, le murmure du vent nous berce le corps. Déjeuner dans une ambiance mi euphorique, mi-angoissée mais impatiente. Andréa : « bon c’est le moment. Mettez vos crampons, prenez la frontale, bâtons et piolet et en route ». Tous mes mouvement sont empreints de stress, d’impatience et d’envies mélangés.

Nous partons dans la nuit, éclairant la neige blanche telles des guirlandes de Noël. Malgré la petite lueur qui nous entoure, nous savons qu’autour de nous les pentes sont vertigineuses mais magiques. Nous marchons tranquillement mais volontairement dans les pas d’Andréa, le vent frais caresse notre espoir le plus fou… Le sommet. Devant nous, le scintillement des frontales nous laisse entrevoir la route à suivre et la pente à gravir. De temps à autre nous doublons une cordée moins rapide. Un peu plus loin nous retrouvons le groupe avec Michel, Etienne et le guide Christian et ses 50 ans qui nous charrie au passage.

La progression se fait sur un bon rythme, nous passons allègrement l’arête des Bosses en haut de laquelle nous faisons une halte pour nous restaurer, boire et laisser nos bâtons pour prendre le piolet. Le silence de l’aube m’envahit le corps « allez René, ne pense qu’au sommet et rien d’autre, tout va très bien ». La nuit semble me répondre «  bien sûr, aucun problème, tu sais pourquoi tu es là et rien ne t’arrêteras ».

Nous voilà repartis, moi dans les traces d’Andréa que je suis de très près. Petite descente avant d’attaquer le plus dur. Tout d’abord une montée raide dans laquelle notre guide, satisfait de notre allure, double deux cordées. Le souffle est bon, le physique est présent, l’émotion est à fleur de peau. Nous grimpons, grimpons en regardant au loin les lucioles qui nous précèdent, et ça paraît très loin. Qu’à cela ne tienne, je sais maintenant que c’est gagné mais il faut que je contienne mon émotion. Nous arrivons maintenant sur l’arête sommitale, ultime et grande difficulté située à une demi-heure du sommet. A droite, un vide vertigineux de plusieurs centaines de mètres ; à gauche une pente raide qui s’éclipse derrière un vide sans fond ; et nous, en équilibre sur une bande de un mètre de large. L’ascension se poursuit. Nous devinons à l’horizon les prémices d’une aube naissante et la venue d’un spectacle grandiose.

La montagne va jouer sa partition finale en ré majeur. Andréa, certain de notre volonté, arrive derrière une cordée lente «  ça va René et Mick ? » Je réponds « oui ça va ». « Alors on double » dit Andréa. Moi : « euh où ? Il n’y a pas de place ». « A gauche » répond Andréa. « Ok nous te suivons » dis-je légèrement tendu. Et nous voilà partis à dépasser les deux cordées. « Un petit quart d’heure et c’est gagné » nous lance Andréa.

Le spectacle du lever du jour va être splendide. Il ne reste maintenant que quelques mètres, le vent s’est levé brutalement. Les yeux rivés sur les talons de mon guide, je n’ose regarder le spectacle. Le sommet est là, je suis dessus, 4807m de bonheur et de joies intenses. Je relève les yeux, quel paysage grandiose autour de nous ! Les montagnes bercées par la lueur du soleil sortant de sa léthargie ressemblent à une peinture de feu. Par sécurité Andréa nous fait descendre sous l’arête à l’abri du vent, c’est là que nous nous embrassons tous les trois, les yeux embrumés de bonheur. Le plaisir explose à l’intérieur de mon corps. « Andréa, j’ai une photo à faire très importante pour Naevus 2000 France Europe ». « Ok » répond-il. Je sors mon appareil photo et le tee-shirt portant le logo de l’association de ma poche. Nous remontons sur le sommet où le vent commence à s’accentuer comme si la montagne nous demandait de repartir rapidement pour préserver la blancheur de sa robe. La photo est prise, je respire une dernière fois le parfum indicible de cette aventure.

« Il faut redescendre maintenant » dit Andréa. Le vent devient vif. Nous reprenons notre route vers la descente, qui sera longue et difficile. Je n’aurais qu’une idée en tête, vaincre mon appréhension du vide et mes pensées iront vers ma femme, mes enfants et mes petits-enfants. Que l’aventure a été belle, belle, belle... mais dure, dure, dure.

 

 

 




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